Vers la compréhension de la dormance intracellulaire de Listeria monocytogenes

Listeria monocytogenes (Lm) est une bactérie pathogène ubiquitaire responsable de la listériose, une zoonose d’origine alimentaire rare mais présentant l’un des taux de létalité les plus élevé parmi les infections alimentaires. Longtemps considérée comme strictement cytosolique, Lm est désormais reconnue pour sa capacité à persister dans des compartiments vacuolaires appelés LisCVs (Listeria-containing vacuoles), où elle peut entrer en dormance, favorisant potentiellement son maintien dans les tissus.

Dans une étude publiée dans PLOS Pathogens, des scientifiques de l’Institut Micalis (Université Paris-Saclay/INRAE/AgroParisTech, Jouy-en-Josas), en collaboration avec l’ANSES, ont étudié les mécanismes impliqués dans cette persistance intracellulaire. Pour cela, les chercheurs ont réalisé un criblage de plus d’une centaine de souches isolées de l’environnement ou de cas cliniques. À l’aide de la microscopie à fluorescence, ils ont analysé plusieurs paramètres liés à la persistance, tels que la motilité intracellulaire, la cytotoxicité, ainsi que la présence et la taille des LisCVs. Leurs résultats montrent que la persistance dans les cellules épithéliales constitue une caractéristique générale de l’espèce Lm, suggérant un trait ancestral lié à sa pathogénicité.

Cependant, deux isolats présentant une persistance réduite ont été identifiés. Ces variants étaient moins fréquemment associés aux LisCVs, qui étaient également de plus petite taille. Une analyse de génomique comparative a permis de démontrer que ce phénotype était dû à une mutation unique dans le gène essentiel folP, impliqué dans la synthèse des folates. Des analyses en microscopie à fluorescence et en imagerie en temps réel ont révélé que cette carence en folates altère la motilité bactérienne, expliquant ce phénotype d’hypopersistance.

Ces résultats contribuent à mieux comprendre les mécanismes de persistance de Listeria, un mode de vie encore peu caractérisé, susceptible de favoriser sa circulation silencieuse.

Les bactéries Listeria monocytogenes intracellulaires (en vert) sont piégées à l’intérieur de LisCV (LAMPI, en rouge) au sein des cellules épithéliales. Deux variants bactériens (V3 et V4) se distinguent par des vacuoles plus petites que celles de la souche sauvage (WT), ce qui reflète leur capacité réduite à persister à l’intérieur des cellules.

Contact:

Eliane Milohanic, Alessandro Pagliuso

Links:

Lotoux A, Bertrand M, Douarre P-E, Kortebi M, Riveiro H, Palma F, et al. (2026) Large-scale phenotyping and comparative genomics reveal genetic features of Listeria persistence in epithelial cells. PLoS Pathog 22(4): e1013323. https://doi.org/10.1371/journal.ppat.1013323

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